Commencer le jiu-jitsu après 35 ans
La question n'est jamais « est-ce que c'est possible ». Elle est « est-ce que je vais me faire mal, et est-ce que je vais avoir l'air ridicule ». Les deux ont une réponse précise.
Jean-Michel Lanternier
Mestre · JJB / MMA · Ceinture noire de jiu-jitsu brésilien
Sur le tapis un soir de semaine, la moyenne d'âge des cours adultes tourne autour de la trentaine bien tassée. Les débuts après 40 ans ne sont pas une exception qu'on tolère, ils sont une part ordinaire des inscriptions.
Ça ne veut pas dire que rien ne change. Trois choses changent, et les ignorer est la façon la plus sûre d'arrêter au bout de deux mois avec une épaule douloureuse.
Ce qui change réellement
L'idée reçue veut que le problème soit la souplesse ou le cardio. Ce n'est presque jamais le cas. Les deux se construisent en quelques mois, à n'importe quel âge, et le jiu-jitsu les construit tout seul.
La récupération, pas la performance
À 25 ans, une séance dure et mal gérée se paie le lendemain. À 45, elle se paie pendant quatre jours. La différence ne se joue pas sur ce que le corps encaisse le soir même, mais sur le temps qu'il met à revenir. C'est le seul paramètre qui impose vraiment d'adapter la pratique.
L'ego, qui devient un facteur de risque
Un débutant de 20 ans qui refuse de taper se relève. Un débutant de 45 ans qui refuse de taper se blesse le coude. La quasi-totalité des blessures des pratiquants expérimentés en âge viennent de là : une position perdue qu'on tient trois secondes de trop.
Le temps disponible
C'est la contrainte la plus sous-estimée. Deux séances régulières valent infiniment mieux que quatre séances pendant trois semaines suivies d'un mois d'absence. La régularité bat le volume, et c'est particulièrement vrai passé 35 ans.
Ce que l'âge apporte, et ce n'est pas une consolation
Un débutant de 40 ans progresse souvent plus vite techniquement qu'un débutant de 20 ans, pour une raison simple : il ne peut pas compenser par l'explosivité. Il est obligé de comprendre la position au lieu de la forcer.
C'est exactement ce que le jiu-jitsu récompense. Un pratiquant technique de soixante kilos contrôle sans forcer un débutant qui en fait quatre-vingt-dix : c'est la promesse de la discipline, et elle joue en faveur de celui qui apprend à placer plutôt qu'à pousser.
L'autre avantage est moins glorieux mais très réel : un adulte de 40 ans écoute les consignes. Il s'échauffe, il tape quand il faut, il ne cherche pas à gagner l'entraînement. Ce sont les trois comportements qui déterminent qui pratique encore dans cinq ans.
Comment adapter les six premiers mois
Rien de ce qui suit ne demande un cours séparé. Il s'agit de choix à faire à l'intérieur des cours normaux.
Deux séances par semaine, pas quatre
Pendant les trois premiers mois, deux séances espacées valent mieux que quatre séances consécutives. Le corps doit apprendre des positions qu'il n'a jamais prises ; il lui faut le temps entre deux séances pour que ça tienne.
Choisir ses partenaires de rounds
Vous n'êtes pas obligé de rouler avec le compétiteur de 22 ans qui prépare un open. Personne ne s'en offusquera. Les gradés du tapis sont en général les partenaires les plus sûrs pour un débutant, parce qu'ils n'ont plus rien à prouver.
Passer son tour est une décision technique
Sauter le dernier round quand la fatigue prend le dessus n'est pas un renoncement, c'est ce qui évite la séance de trop. C'est aussi le round où arrivent la plupart des blessures.
Signaler ce qui traîne
Une épaule fragile, un genou opéré, un dos sensible : dites-le au professeur avant le cours, pas après. Il existe presque toujours une variante d'une technique qui contourne l'articulation en question.
Kimono ou sans kimono pour commencer
Passé 35 ans, le kimono est un meilleur point d'entrée. Le tissu ralentit le jeu : il laisse le temps de réfléchir dans une position, et cette lenteur relative est précisément ce dont un débutant a besoin.
Le grappling sans kimono glisse, va vite et pousse à décider avant d'avoir compris. C'est passionnant et c'est une deuxième étape, pas la première. Rien n'empêche de faire les deux ensuite ; beaucoup de pratiquants du club le font.
Questions
- Est-ce trop tard pour commencer le JJB à 45 ans ?
- Non. La contrainte réelle n'est pas l'âge de départ, c'est la récupération et la gestion de l'ego pendant les rounds. Les deux se pilotent. Des pratiquants commencent au club après 50 ans et tiennent dans la durée.
- Faut-il se remettre en forme avant de commencer ?
- Non, et attendre d'être en forme est la meilleure façon de ne jamais commencer. La condition physique arrive par la pratique. Le premier mois se fait à l'essoufflement, pour tout le monde.
- Combien de séances par semaine pour progresser sans se blesser ?
- Deux séances régulières suffisent les premiers mois, et valent mieux que quatre séances irrégulières. La progression tient à la régularité, pas au volume.
- J'ai une ancienne blessure, puis-je pratiquer ?
- Dans la plupart des cas oui, à condition de la signaler au professeur avant le cours. Une variante technique évitant l'articulation concernée existe presque toujours. En cas de doute médical, l'avis du médecin passe avant le nôtre.
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